A propos de Jules et Jim de François Truffaut 





Oskar Werner, Jeanne Moreau
A Paris, dans les années 1910, Jim (Henri Serre), un jeune intellectuel parisien, se lie d’amitié avec Jules (Oskar Werner), un poète allemand. Ensemble, ils découvrent les plaisirs de la vie parisienne et rencontrent Catherine (Jeanne Moreau), dont Jules tombe amoureux. Mais la guerre éclate, les trois amis se séparent. Jules et Jim combattent dans des camps opposés mais se retrouvent tous deux indemnes après l’armistice. Jules épouse Catherine qui lui donne une fille. Mais Catherine tombe amoureuse de Jim, ce que Jules a bien compris, qui laisse, avec bienveillance, leur idylle naitre et se conso(u)mmer…
Semaine de la Femme sur borokoff (!), où décidément le temps se prête à d’agréables reprises et à de beaux portraits cinématographiques même si l’Alice de Scorsese a peu à voir avec la Catherine de Truffaut. Quoi que…
50 ans, c’est l’âge que fête le chef d’œuvre de François Truffaut (1932-1984) qui ressort en salles et en copies restaurées. Truffaut lui-même aurait eu 80 ans cette année. Adaptation du roman français éponyme de Henri-Pierre Roché (publié en 1953), Jules et Jim décrit les affres d’un trio amoureux dont les sentiments vont miner l’amitié qu’ils avaient au départ jusqu’à rendre impossible leur ménage à trois.
Du roman de Roché (1879-1959), François Truffaut a gardé le style très littéraire. L’histoire et les péripéties de l’intrigue sont racontées en voix-off par Michel Subor qui cite de longs passages du livre. Jules et Jim sont deux dandys parisiens qui parlent dans un langage châtié, fréquentent les mêmes clubs et s’adonnent à la même passion : l’écriture.
L’élégance de la mise en scène, la grâce des dialogues très écrits vont de pair avec le jeu tout en finesse et en non-dits des acteurs. Catherine est la figure centrale du film, un personnage féminin complexe et mystérieux que Jules et Jim considèrent d’abord comme une muse fascinante qu’ils vont ensuite aimer, chacun à leur tour, aimer et adorer jusqu’à en devenir malades.
Catherine souffre de ne pouvoir choisir entre Jules et Jim, qu’elle aime tous les deux. Jules et Jim ont des caractères complémentaires et elle a besoin des deux pour vivre. Mais cette pulsion amoureuse est bientôt contredite par un constat beaucoup plus froid et rationnel : il est impossible de vivre deux passions à la fois. Catherine se rend compte que, malgré leur silence, Jules et Jim souffrent de devoir la « partager ». Sa douleur comme celle qu’elle leur inflige la tourmentent et la torturent. Quelle issue trouver quand on aime deux hommes à la fois ? Comment résoudre ce dilemme ?
Jules et Jim, c’est un peu le contraire de Les Valseuses. Une version « classe » du film de Blier en quelque sorte. Si la mise en scène de Truffaut est d’une fluidité remarquable, le film a un peu vieilli dans sa facture. Reste le beau portrait que dresse Truffaut de cette Catherine et le jeu tout en nuances de Jeanne Moreau, qui campe une femme romantique dont les exigences amoureuses sont impossibles à satisfaire sans qu’elle ne puisse se résoudre à vivre autrement qu’entourée de deux amours. Personnage intransigeant et jusqu’au-boutiste, radical en amour, Catherine est animée par une vie débordante en elle comme son désir d’aimer et d’être aimée par Jules et Jim à la fois. Tout le reste n’est qu’ennui. Mais on ne badine pas avec l’amour et son manque de compromis, le refus de Catherine de faire des concessions la conduiront à une impasse existentielle et à une fin tragique, parfaitement amenée, à l’image d’un récit fidèle au livre de Roché.
Et de cette femme insaisissable et fuyante, incapable d’être heureuse en amour sinon de manière sporadique, on garde l’image étrange et inquiétante d’un visage qui tantôt s’illumine tantôt se voile sans que l’on n’en devine les raisons. Catherine, comme le résume si bien Jules, « n’est pas spécialement belle ni intelligente ni sincère mais c’est une vraie femme, et c’est cette femme que nous aimons ». Un film à (re)découvir donc, et un portrait de femme dont Truffaut avait le secret comme il le redémontrera 20 ans plus tard dans La femme d’à côté, 1981, avec Fanny Ardant…
Film français de François Truffaut avec Jeanne Moreau, Oskar Werner, Henri Serre (1962, 01 h 45).
Scénario de Jean Gruault d’après le roman de Henri-Pierre Roché : 




Mise en scène : 




Acteurs : 




Dialogues : 




Compositions de Georges Delerue et chansons du film de Boris Bassiak : 





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