A propos de Le prix de la loyauté de Gavin 0′Connor 





N’est pas James Gray qui veut. On a beau avoir des acteurs de la trempe de Farrell mais surtout de Norton, cela ne sauve pas un film de l’ennui et de la mollesse dans lesquels il s’est englués. On parle de Gray, parce que Le prix de la loyauté est d’abord le portrait d’une famille de flics appartenant au NYPD (la police new-yorkaise) et qu’à ce titre, il ne peut qu’évoquer son récent chef d’œuvre, La nuit nous appartient. Sauf que la comparaison s’arrête là.
Certaines scènes de Le prix de la loyauté (comme l’enterrement des policiers tués pendant une fusillade) reprennent ou rappellent des scènes de La nuit nous appartient, sauf que dans Le prix de la loyauté, O’Connor abuse et sur abuse d’un pathos dégoulinant et qui plombe rapidement toute velléité de mise en scène. Dès le début du film, la caméra s’attarde longuement sur le visage en pleurs de la femme d’un flic noir tué pendant une fusillade. Auparavant, on avait déjà été agacé par les gesticulations vaines d’une caméra à l’épaule filmant Norton puis Farrell arrivant en trombe sur les lieux du crime.
Aussi énervant que ce gros plan du visage de Farrell pleurant la mort de ses « partners » dans une baignoire. Là ou Gray sait être subtil et concis, bref et elliptique (une scène d’enterrement en grande pompe des flics), O’Connor tombe dans la plus profonde lourdeur et un pathos au final très académique. Ce pathos qui plombe véritablement tout le film a plusieurs effets dévastateurs dont les acteurs sont les premiers à pâtir. Le pathos mine leur jeu, les empêche de dégager leur sensibilité, leur vision du personnage. A tel point que la prestation de Norton (on était voir le film parce qu’il y a Norton dedans) est d’une étonnante et peu habituelle discrétion tandis que Farrell (qui en fait toujours un peu trop) est plus à l’aise dans cette forme de pesanteur scénaristique et stylistique.
On pourrait parler d’emphase ou de redondance de la mise en scène. Le pathos à l’œuvre dans Le prix de la loyauté empêche l’émotion de jamais naître. C’est un artifice qui fait que l’on toujours à côté de l’émotion, dans une forme d’exagération et de surfait constants. Le pathos impose aux acteurs soit de surjouer (la navrante scène de la femme de Francis, le frère du flic joué par Norton, pleurant parce qu’elle sait atteinte d’un cancer incurable, quel rapport avec le film d’ailleurs?), soit de ne pratiquement pas jouer du tout (Norton). Farrell est plus à l’aise parce que naturellement enclin à en faire trop. Dans Le prix de la loyauté, comme dans La nuit nous appartient, on assiste aux dissentiments violents au sein d’une famille de flics (composée d’un père, joué par Voight, de ses deux fils, joués par Norton et Emmerich et d’un beau-frère, joué par Farrell), sauf qu’ici il n’y a ni la tension ni ce solennel qui caractérisaient La nuit nous appartient et qui en faisait un film si fort et si prenant. Si émouvant aussi.

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