A propos de Che, 1ère partie : l’Argentin de Steven Soderbergh 





Biographie en deux parties consacrée au révolutionnaire Ernesto Guevara, dit le Che (1928-1967), Che, 1ère partie : l’Argentin commence en novembre 1956. Guevara, après avoir rejoint le mouvement du 26 juillet, groupe révolutionnaire dirigé par Fidel Castro, embarque avec d’autres volontaires pour Cuba dans le but de renverser la dictature du leader Batista.
Ernesto Guevara, d’origine argentine, a alors une trentaine d’années. C’est un jeune médecin très marqué par la pauvreté et les inégalités sociales qu’il a pu observer lors de différents voyages en Amérique latine. Il a beaucoup appris aussi de son voyage au Guatemala dans les années 1950 et des réformes entreprises par son président Jacobo Arbenz Guzman, renversé en 1954. Che, 1ère partie : l’Argentin prend le parti de suivre au jour le jour la progression des troupes de Castro à Cuba, leur avancée dans la forêt, le recrutement de plus en plus massif des paysans venus rejoindre la cause révolutionnaire. C’est un film qui ressemble à un carnet de voyages, pour reprendre le titre du film de Walter Salles (2004), un journal de guerre filmé au quotidien, dans lequel on suivrait pas à pas l’avancée de Castro et de ses troupes vers la capitale cubaine, avec en toile de fond les grandes batailles et les grands combats (comme ceux de la Sierra Maestra entre 1956 et 1958 ou celui de Santa Clara en 1958) qui ont jalonné le parcours laborieux mais victorieux des troupes de Castro et du Che vers la Havane et le renversement de Batista en 1959.
Entrecoupé de reconstitutions en noir et blanc d’interviews données par le Che à la presse (où Che dit avoir plus peur d’affronter un journaliste qu’une armée !), de grands sommets politiques dans lesquels Guevara, s’exprimant à l’ONU, en 1964, réaffirme haut et fort son rejet de l’impérialisme nord-américain, l’exploitation du tiers-monde par les deux grands blocs soviétique et américain de la Guerre froide et la nécessité de garder Cuba indépendante en ne la cédant ni aux Russes ni aux Américains, Che, 1ère partie : l’Argentin pêche par son côté illustratif, son manque de vision, de recul.
C’est dommage de rester dans l’anecdotique lorsque l’on a sous la main un acteur de la trempe de Del Toro, qui paraît ici étrangement sacrifié. Son charme et sa nonchalance parviennent trop rarement à percer l’écran. Ces images du Che entouré de ses hommes dans la forêt, dynamitant des trains à Santa Clara ont un côté très bande dessinée, mais elles ne disent pas grand chose au final du fond de sa pensée, de son idéal révolutionnaire marxiste ni même de la personnalité du Che, réduit à un guérillero asthmatique en 2D un peu inconsistant, alors même que le film s’inspire directement de ses Mémoires de guerre.
Le portrait du Che par Soderbergh est donc décevant, sans relief. On aurait aimé que le film parle aussi des zones d’ombres du Che, de son autorité de Commandant qui ne le fit pas hésiter parfois à fusiller arbitrairement des hommes (voir le lien sur le site de L’Express ). On attend beaucoup plus de la suite des aventures du Che en Bolivie. En espérant que soit mis en valeur le fait qu’en voulant étendre la révolution à toute l’Amérique latine et en quittant Cuba, le Che est toujours resté fidèle à son idéal révolutionnaire de départ. Avec la fin que l’on connait.
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