Archive pour la Catégorie 'Politique'

L’homme qui fit tomber une dictature avec un spot publicitaire (hymne à la joie)

A propos de No de Pablo Larraín ★★★★☆

Gael Garcia Bernal - No de Pablo Larraín - Borokoff / Blog de critique cinéma

Gael Garcia Bernal

Sans conteste, l’un des meilleurs films et des plus attendus de la semaine, No du jeune réalisateur chilien Pablo Larrain revient sur la vie de René Saavedra (Gael Garcia Bernal), génial publicitaire chilien qui, à la fin des années 1980, créa une campagne révolutionnaire basée sur l’alegria, la joie en espagnol, un argument pour le moins désarçonnant mais qui s’avéra efficace pour voter en masse contre la réélection de Pinochet (1915-2006) et faire chuter le dictateur au référendum de 1988.

Troisième volet d’une trilogie consacrée à la dictature d’Augusto Pinochet, après Tony Manero et Santiago 73, Post Mortem, No s’inspire de faits réels mais aussi plus librement de la pièce, jamais publiée, Référendum de l’écrivain chilien exilé Antonio Skármeta. Le père de Pablo Larraín, ancien opposant de Pinochet, est un sénateur et une figure importante de la droite chilienne tandis que sa mère est une ancienne ministre, ce qui lui avait sans doute donné certaines prédispositions…

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A conseiller en revanche…

…Et toujours à l’affiche ★★★☆☆

L'ivresse du pouvoir de Im Sang-soo - Borokoff / Blog de critique cinéma

L’ivresse du pouvoir est un thriller coréen d’Im Sang-soo teinté de morale qui ne fait pas toujours dans la finesse ni les nuances mais vaut par son implacable démonstration. Dans une grande famille et le milieu des affaires sud-coréenns, un jeune homme ambitieux rêve de se faire une place au soleil comme un nom tout en rechignant à perdre toute morale et à devenir aussi « pourri » que ses pairs. Suspense quant à savoir où le mèneront ses hésitations et les choix cornéliens qu’il aura à faire. Le film mérite d’être vu pour le jeu notamment de Kim Kang-woo et la mise en scène d’Im Sang-soo. Ses personnages sont froids comme l’éclat métallique de la lumière du film, froids comme les rayons argentés du soleil qui baigne ce huis-clos et cette demeure immense dans laquelle se déroule pratiquement toute l’action le film. Glaçant noir et blanc des décors…

Esteban Lamothe - El Estudiante ou Récit d'une jeunesse révoltée de Santiago Mitre - Borokoff / Blog de critique cinéma

Esteban Lamothe

Même son de cloche ou à peu près dans El Estudiante ou Récit d’une jeunesse révoltée de Santiago Mitre. Roque est un jeune provincial venu étudier à l’université de Buenos Aires. Séducteur, il passe plus de temps dans le lit des filles que sur les bancs de la faculté. Mais contrairement aux apparences, Roque est un jeune homme ambitieux, un militant qui rêve de faire carrière en politique. Mais aura-t-il les dents assez longues pour cela ? Est-il assez solide pour embrasser un monde aussi cruel, violent et sans pitié ? Surtout, serait-il prêt non seulement à se sacrifier mais à trahir, à accepter de se corrompre pour écraser ses adversaires ? En gros, serait-il prêt à se compromettre au point de devenir un salaud et le roi de la tribune ? Ce sont ces questions que le film pose subtilement, intelligemment, à travers le cheminement intellectuel et les doutes d’un jeune Argentin brillant  mais soucieux de garder une certaine moralité en politique, ce qui ne fait pas bon ménage on le sait bien. La mise en scène, tout en plans séquences et en caméra à l’épaule, est remarquable de tension tout comme la composition du jeune Esteban Lamothe.

Le sacrifice (sombre histoire de la Stasi)

A propos de Barbara de Christian Petzold ★★★½☆

Nina Hoss - Barbara de Christian Petzold - Borokoff / Blog de critique cinéma

Nina Hoss

Eté 1980. Alors qu’elle habite à Berlin-Est et que la Stasi la soupçonne de vouloir passer à l’Ouest, Barbara, une chirurgienne-pédiatre, est mutée dans une ville paumée de la province allemande située en bord de mer. Introvertie voire renfermée, Barbara rencontre André, le médecin-chef de l’hôpital qui très vite tente de la séduire. Mais Barbara cherche à tout prix à s’isoler. Méfiante, elle se demande si André est chargé par les autorités allemandes de la surveiller ou si il est réellement attiré par elle. De toute façon, n’est-elle pas déjà amoureuse de Jörg, qui doit l’aider à passer à l’Ouest ?…

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La fin d’une époque

A propos de La Taupe de Tomas Alfredson ★★★★☆

Gary Oldman - La Taupe de Tomas Alfredson - Borokoff / Blog de critiqiue cinéma

Gary Oldman

1973, en pleine guerre froide. Alors que Control, le patron du MI6 et son fidèle lieutenant Smiley viennent d’être évincés suite à l’échec d’une mission à Budapest, ce dernier est finalement réintégré par le gouvernement britannique qui cherche à connaître l’identité de l’agent double soviétique qui s’est infiltré dans leur service de renseignements extérieurs. Sa traque minutieuse de la « taupe » ramène Smiley à des réminiscences sombres en Inde avec Karla, un agent soviétique au passé mystérieux et des souvenirs parfois douloureux comme la relation adultère de sa femme avec Bill Haydon, un Officier supérieur du MI6…

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Portrait lisse et sans saveur du Che

A propos de Che, 1ère partie : l’Argentin de Steven Soderbergh ★★☆☆☆

Che, 1ère partie : l'Argentin de Steven Soderbergh

Biographie en deux parties consacrée au révolutionnaire Ernesto Guevara, dit le Che (1928-1967), Che, 1ère partie : l’Argentin commence en novembre 1956. Guevara, après avoir rejoint le mouvement du 26 juillet, groupe révolutionnaire dirigé par Fidel Castro, embarque avec d’autres volontaires pour Cuba dans le but de renverser la dictature du leader Batista.

Ernesto Guevara, d’origine argentine, a alors une trentaine d’années. C’est un jeune médecin très marqué par la pauvreté et les inégalités sociales qu’il a pu observer lors de différents voyages en Amérique latine. Il a beaucoup appris aussi de son voyage au Guatemala dans les années 1950 et des réformes entreprises par son président Jacobo Arbenz Guzman, renversé en 1954. Che, 1ère partie : l’Argentin prend le parti de suivre au jour le jour la progression des troupes de Castro à Cuba, leur avancée dans la forêt, le recrutement de plus en plus massif des paysans venus rejoindre la cause révolutionnaire. C’est un film qui ressemble à un carnet de voyages, pour reprendre le titre du film de Walter Salles (2004), un journal de guerre filmé au quotidien, dans lequel on suivrait pas à pas l’avancée de Castro et de ses troupes vers la capitale cubaine, avec en toile de fond les grandes batailles et les grands combats (comme ceux de la Sierra Maestra entre 1956 et 1958 ou celui de Santa Clara en 1958) qui ont jalonné le parcours laborieux mais victorieux des troupes de Castro et du Che vers la Havane et le renversement de Batista en 1959.

Entrecoupé de reconstitutions en noir et blanc d’interviews données par le Che à la presse (où Che dit avoir plus peur d’affronter un journaliste qu’une armée !), de grands sommets politiques dans lesquels Guevara, s’exprimant à l’ONU, en 1964, réaffirme haut et fort son rejet de l’impérialisme nord-américain, l’exploitation du tiers-monde par les deux grands blocs soviétique et américain de la Guerre froide et la nécessité de garder Cuba indépendante en ne la cédant ni aux Russes ni aux Américains, Che, 1ère partie : l’Argentin pêche par son côté illustratif, son manque de vision, de recul.

C’est dommage de rester dans l’anecdotique lorsque l’on a sous la main un acteur de la trempe de Del Toro, qui paraît ici étrangement sacrifié. Son charme et sa nonchalance parviennent trop rarement à percer l’écran. Ces images du Che entouré de ses hommes dans la forêt, dynamitant des trains à Santa Clara ont un côté très bande dessinée, mais elles ne disent pas grand chose au final du fond de sa pensée, de son idéal révolutionnaire marxiste ni même de la personnalité du Che, réduit à un guérillero asthmatique en 2D un peu inconsistant, alors même que le film s’inspire directement de ses Mémoires de guerre.

Le portrait du Che par Soderbergh est donc décevant, sans relief. On aurait aimé que le film parle aussi des zones d’ombres du Che, de son autorité de Commandant qui ne le fit pas hésiter parfois à fusiller arbitrairement des hommes (voir le lien sur le site de L’Express ). On attend beaucoup plus de la suite des aventures du Che en Bolivie. En espérant que soit mis en valeur le fait qu’en voulant étendre la révolution à toute l’Amérique latine et en quittant Cuba, le Che est toujours resté fidèle à son idéal révolutionnaire de départ. Avec la fin que l’on connait.