Archive pour la Catégorie 'Courts-métrages'

Une mémoire oubliée ? (en attendant Godot)

A propos de Revolución de Mariana Chenillo, Patricia Riggen, Gael García Bernal, Diego Luna… ★★★½☆

R-100 de Gerardo Naranjo - Borokoff / blog de critique cinéma

A l’occasion des cent ans de la Révolution mexicaine (Novembre 1910-Mai 1911), dix cinéastes mexicains se sont interrogés sur les traces douloureuses mais éparses laissées dans l’inconscient collectif par cette Révolution et la guerre civile qui s’ensuivit… Lire la suite de ‘Une mémoire oubliée ? (en attendant Godot)’

Tokyo x 3 !

A propos de Tokyo! de Joon-Ho Bong, Michel Gondry et Leos Carax ★★½☆☆

Trois films qui prennent pour trame la ville de Tokyo, trois points de vue de la capitale japonaise. Dans Interior design, de Michel Gondry, un jeune couple peine à s’installer dans la capitale japonaise, la faute aux loyers démentiels. Gondry a imaginé pour son film une créature étrange, à la limite de la science-fiction. Cette créature, c’est une femme qui se transforme peu à peu en chaise de bois lorsqu’elle n’est pas ce fantôme nu qui hante les passages étroits entre les immeubles. Plutôt réussi, même si la chute est un peu faible.

On ne peut pas en dire autant, hélas, de Merde, de Léos Carax. Malgré toute la sympathie accordée à Denis Lavant, Merde n’est vraiment pas au niveau des deux autres films. Merde, c’est une créature qui vit dans les bas-fonds de Tokyo et sème la zizanie voire la terreur dans la ville lorsqu’il sort des égouts. Ne se nourrissant que de fleurs et agressant sans cesse les passants, Merde parle un langage secret que seul un avocat français (Jean-François Balmer) peut décoder. Là encore, dans ce film, il y a un côté science-fiction mais « cheap » et un discours réctionnaire émanant d’une créature misanthrope voire raciste.

Merde a un côté très théâtral autant dans le montage (écran découpé en trois parties pendant le procès de Merde) que dans le jeu de Lavant. C’est surtout un film un peu ringard tant dans ses dialogues en forme d’onomatopées que dans ses accoutrements ridicules (la barbichette rousse de travers et l’œil de verre de Lavant et Balmer évoquent l’esthétique de Le cinquième élément de Besson). Il parait qu’il y aurait une suite à ces aventures bien peu palpitantes…Ce serait Merde in Usa, dixit Carax à la fin du film, qui persiste et signe dans un romantisme désuet qui débouche cette fois sur le plus parfait fascisme (Merde fait sauter les habitants de Tokyo à coup de grenades !).

Shaking Tokyo est un film plus calme et qui prête moins à pouffer de rire. L’histoire d’un « hikikomori », c’est-à-dire un ermite qui vit terré chez lui et n’est jamais sorti depuis 11 ans. Jusqu’au jour où il tombe amoureux d’une livreuse de pizza. Si Shaking Tokyo n’est pas un grand film, il a au moins le mérite d’être assez touchant, humble dans ses intentions, à la différence de Carax. Une histoire d’amour marquée par le côté rêveur de son personnage principal, un reclus qui s’ouvre soudain au monde et à l’amour après 11 ans d’autisme.

On notera que la vision de nos trois réalisateurs de Tokyo semble avoir été marquée par l’idée de créatures étranges et surnaturelles qui peupleraient la ville et ses sous-sols, sorte de bestiaire fantastique qui évoque les Yôkaï, ces êtres maléfiques et bizarres qui font partie de l’imaginaire et de l’histoire du Japon. La Maison du Japon avait d’ailleurs consacré en 2006 une très belle exposition à ces monstres tantôt rigolards tantôt hostiles, très familiers aux Japonais en tout cas. Ce sont ces bêtes issues de l’imaginaire nippon qui semblent avoir nourri nos trois réalisateurs et guidé leur pas. Avec un succès inégal…