Japon glaçant

A propos de Tatsumi d’Eric Khoo ★★½☆☆

Tatsumi d'Eric Khoo - Borokoff / Blog de critique cinéma

Biographie en animation consacrée au mangaka Yoshihiro Tatsumi (né à Osaka en 1935), Tatsumi s’inspire des dessins du célèbre dessinateur japonais ainsi que d’Une vie dans les marges, son imposante autobiographie dessinée de 800 pages, parue en 2009 et éditée en France chez Cornelius.

Tatsumi est un des plus grands dessinateurs de mangas. Déjà, à 14 ans, il avait été repéré par son « Père spirituel » Osamu Tezuka, le créateur d’Astroboy et du Lion blanc. Mais il faudrait plutôt appeler Tatsumi un « gekigaka » tant il a révolutionné le genre du manga, qu’il trouvait formaté, mièvre et destiné seulement aux enfants. Le Gekiga, terme inventé par Tatsumi lui-même en 1957, signifie littéralement « dessins dramatiques » et s’adressera en priorité aux adultes.

Tatsumi est né 10 ans avant Hiroshima. Toute son enfance a été marquée par le bombardement nucléaire du Japon et la mort omniprésente autour de lui. C’est ce qui explique en partie la mélancolie de ses personnages.

Eric Khoo, aidé par son directeur d’animation Phil Mitchell, s’est aussi servi de cinq récits courts publiés par Tatsumi au fil des ans pour construire et découper son film dont la narration en voix-off est dite par… Tatsumi himself. Deux des histoires s’inspirent directement d’Hiroshima : L’Enfer et Goodbye.

Tatsumi d'Eric Khoo - Borokoff / Blog de critique cinéma

Malgré son dessin assez rudimentaire voire vieillot (les couleurs tantôt Sépia tantôt vives recourent à la technique japonaise du one-colour printing), le film du réalisateur de Singapour traduit bien la noirceur tourmentée des univers du dessinateur japonais.

Parfois l’ironie et la violence du trait de Tatsumi confinent au « trash » comme dans Monkey mon amour, où l’employé d’une usine perd son bras dans un accident du travail avant de voir son singe dévoré par ses congénères dans un zoo !

Il y a une forme de sarcasme, de cynisme voire de cruauté dans la manière dont Tatsumi décrit le destin et la misère humaine de ses personnages, empêtrés dans leur frustration sexuelle, incapables de faire leur vie (Occupé) quand ils ne réalisent pas qu’ils l’ont tout simplement raté (Juste un homme). Comme si le dessinateur n’avait non seulement aucune commisération pour ces « losers » mais pire semblait ricaner d’eux.

Dans le montage de Khoo, on regrettera seulement les passages et les allers/retours pas très clairs d’une époque à autre (années 1950/1970). Une autre chose gênante est la longue partie consacrée à Juste un homme, où un vieil universitaire japonais réalise en même temps que sa femme l’a toujours humilié, qu’il est devenu transparent aux yeux de ses collègues de travail et que même en voulant coucher avec une autre femme, il n’y arrive pas, atteint d’impuissance !

D’une tristesse voire d’un désespoir absolus, cette saynète brille par son humour noir teinté d’érotisme mais son développement beaucoup plus long que les autres rend l’ensemble un peu décousu, pas assez homogène.

Alors, bien sûr le spectateur pourra toujours (re)plonger dans l’univers tortueux des mangas de Tatsumi, en sachant désormais que ses personnages n’y trouvent aucun échappatoire…

Film d’animation singapourien d’Eric Khoo (01 h 36).

Scénario d’Eric Khoo : ★★☆☆☆

Animation : ★★½☆☆

Montage : ★★½☆☆

Dialogues : ★★★☆☆

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